La promesse de marque, vertu du management
La promesse de marque est souvent abordée comme un sujet de marketing ou d’expérience client.
Un territoire réservé à ceux qui « voient » le client, qui pensent l’offre, le discours ou le positionnement.
Pourtant, ce que le client perçoit commence bien en amont.
Au cœur même du fonctionnement interne de l’entreprise.
Et plus précisément, dans la manière dont elle est managée.
Lorsque la promesse est fragilisée, ce n’est pas toujours par manque de vision.
Les fondamentaux sont souvent là : une ambition claire, des valeurs affichées et une intention sincère.
Ce qui fragilise la promesse, c’est l’écart toléré entre ce qui est attendu et ce qui est réellement incarné.
Or cet écart ne naît pas de décisions spectaculaires.
Il se construit dans le quotidien : lorsqu’un manager renonce à arbitrer clairement, lorsqu’il ferme les yeux sur des comportements jugés « acceptables », lorsqu’il prend des décisions sous contrainte, par manque de temps ou par fatigue.
Pris isolément, ces gestes paraissent anodins.
Mais cumulés, ils affaiblissent l’exigence managériale et cela finit toujours par se voir.
Et le client ne voit pas l’organisation. Il en perçoit les conséquences.
Les collaborateurs qui ne sont pas en contact direct avec le client pensent souvent être hors champ.
Ils ne mesurent pas l’impact de leurs délais, de leurs arbitrages ou de leurs compromis sur l’image renvoyée par l’entreprise.
Parfois même, ils n’en ont tout simplement pas conscience.
Pourtant, une promesse de marque ne circule pas uniquement dans la relation client.
Elle se diffuse dans la qualité des interactions internes, dans la manière de coopérer, dans le respect des engagements et dans l’attention portée au travail bien fait.
Elle s’incarne autant dans le savoir-être que dans le savoir-faire.
Entre la stratégie affichée et l’expérience vécue, il existe donc un filtre. Et ce filtre, c’est le management.
Ce qu’un manager s’autorise, ce qu’il autorise, ce qu’il laisse passer ou ce qu’il corrige, façonne concrètement la promesse de marque.
Pas à travers des discours, mais à travers des décisions.
Pas par des intentions, mais par des arbitrages.
La promesse de marque n’est pas seulement transmise : elle est traduite par le management.
Pourtant, même avec une volonté réelle, la promesse peut être altérée par le système lui-même.
Des processus qui privilégient la vitesse au détriment de la qualité.
Des organisations en silos qui diluent la responsabilité.
Des indicateurs qui valorisent des comportements contraires au discours officiel.
Dans ces conditions, le décalage ne provient pas d’un manque d’engagement, mais d’une incohérence structurelle.
Le management se retrouve alors sommé de « tenir la promesse » dans un cadre qui la contredit.
Et la dissonance née entre ce que l’entreprise dit vouloir incarner et ce que son fonctionnement rend réellement possible.
Il est donc essentiel d’assurer une cohérence entre la promesse de marque, le leadership et le système qui la soutient.
La promesse de marque ne se renforce pas en la répétant.
Elle se renforce lorsque l’on accepte de regarder, avec lucidité, ce que le leadership transmet au quotidien.
Elle se mesure par le niveau d’exigence managériale, dans la cohérence entre discours, décisions et pratiques, dans la capacité à arbitrer, à clarifier et à tenir une ligne dans la durée.
En ce sens, la promesse de marque n’est pas une déclaration. C’est une conséquence.
La conséquence d’un management aligné et exigeant, capable de rendre crédible l’ambition de l’entreprise, jusque dans l’expérience vécue par le client final.
Illustration: Francis Ford Coppola, “Le Parrain” (1972). Une promesse ne vaut que par sa capacité à la tenir.